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Gaz de schiste : les faits parlent d’eux-mêmes

vendredi 10 septembre 2010, par André Bélisle, Daniel R. Breton

À la lumière des faits rendus publics au cours des dernières semaines, aucun doute n’est possible : le gouvernement du Québec peut et doit imposer un moratoire sur le développement des hydrocarbures en général, et sur l’industrie des gaz de schistes en particulier. Voici l’état des lieux sur ce dossier au Québec.

Les faits :

Les Québécois se font avoir économiquement

Il est maintenant clairement établi qu’au niveau des droits d’exploration, les Québécois se font avoir puisque la Colombie-Britannique a reçu 1000 fois plus d’argent pour les droits ($3,5 milliards) que le Québec ($3,6 millions) en 2008 et 2009, comme l’a clairement démontré le texte de Charles Côté intitulé : « A-t-on manqué le bateau ». Pourtant, Mme. Normandeau a dit vouloir s’inspirer des meilleures pratiques de cette province…

Il est faux de dire qu’un moratoire ferait fuir les entreprises. Si on se tient debout face à ces entreprises, nous n’avons pas à craindre leur réaction car le gaz est chez nous. Lorsque Danny Williams, premier ministre de Terre-Neuve, a tenu tête aux entreprises pétrolières, elles sont parties... puis sont revenus en acceptant ses conditions.

Étude scientifique indépendante : Le BAPE ne pourra être crédible

Des experts en consultation publique et environnementale ont reconnu que le BAPE n’a ni les moyens, ni le temps, ni le mandat pour considérer de façon scientifiquement sérieuse les enjeux de sécurité et d’environnement, perdant du coup sa crédibilité ( voir l’article de Louis-Gilles Francoeur intitulé : « Deux experts se prononcent : le BAPE, un mandat atrophié »). Pourtant, Le ministre du développement durable, de l’environnement et des parcs, M. Pierre Arcand qui a donné ce mandat au BAPE, a reconnu publiquement que nous n’avions pas à ce stade-ci l’expertise pour savoir à quoi nous en tenir vis-à-vis le gaz de schiste. Au sud de la frontière, 62 présidents de sociétés scientifiques américaines viennent de demander au gouvernement Obama de soumettre l’exploitation des gaz de schiste à une évaluation écologique avant d’aller plus loin avec cette filière.

N’ayant pas d’étude scientifique indépendante qui nous permettrait de croire que le gaz naturel issu des schistes est aussi propre que le gaz naturel conventionnel, on ne peut se fier sur la simple parole des promoteurs en ce qui a trait à la sécurité et la protection de l’environnement. Rappelons que le gouvernement américain s’était fié à BP dans le Golfe du Mexique ou la somme des infractions commises par des entreprises de gaz (dont certaines sont ici) en Pennsylvanie en deux ans et demi : 1435 infractions diverses dont 952 à caractère environnemental.

Nous ne sommes plus « Maîtres chez nous »

Mme Normandeau invoque l’héritage de Jean Lesage du "Maîtres chez nous" prétextant qu’en prenant du gaz d’ici plutôt que du gaz d’Alberta on accroîtra notre indépendance énergétique. En réalité, c’est exactement le contraire. Si Jean Lesage et René Lévesque ont proposé en 1962 la nationalisation de l’électricité, c’était parce que les centrales sur NOTRE territoire appartenaient à des intérêts privés pour la plupart étrangers. Le présent gouvernement est en train de démanteler l’héritage libéral de "Maîtres chez nous" en redonnant pour une bouchée de pain le contrôle de nos ressources énergétiques à des entreprises privées dont plusieurs étrangères. Pour ce qui est des quelques compagnies Québécoises telles que Junex, rien ne nous garantie qu’elles resteront Québécoises.

Les droits d’exploration ont déjà été octroyés aux entreprises de gaz en vertu de cette loi désuète. Ainsi, des citoyens sont impuissants lorsque des entreprises s’installent chez eux sans demander aucune permission et entament des activités industrielles dans des secteurs souvent résidentiels et agricoles. De plus, ces entreprises peuvent en venir à exproprier des citoyens de leurs propres terres. Rappelons-nous ce qui est arrivé à Malartic, où des maisons étaient déménagées pendant l’audience du BAPE sur le projet.

En réponse à ceux qui prétendent qu’une prise de contrôle publique des ressources est une solution de pays émergents qui ne s’applique pas au Québec, rappelons qu’en Norvège, l’état garde 51% de la propriété des droits d’exploitation des hydrocarbures et est classé comme LE meilleur pays au monde quand au niveau de vie selon une analyse de 2010 des Nations-Unies.

Une loi désuète et une omission importante

La ministre des Ressources Naturelles et de la Faune a reconnu que la présente loi des mines est totalement désuète. Cela n’a pas empêché son gouvernement d’octroyer des droits sachant les problèmes majeurs auxquels les citoyens feraient face. De plus, la stratégie énergétique datant de 2006 n’a jamais fait mention du gaz de schiste.

Absence de vision énergétique durable et rentable

Le Québec, comme le reste de la planète, doit absolument diminuer sa consommation d’énergie pour des raisons écologiques et économiques évidentes. Or, ce gouvernement a au contraire adopté une politique d’augmentation constante de notre consommation et production d’énergie et va, contrairement à ce qu’il affirme, rater les objectifs de Kyoto.

Une surabondance de gaz sur le marché nord-américain (qui est en train de se concrétiser) aura pour effet potentiel de fermer la porte, en abaissant trop les prix de l’énergie, à tout futur projet d’exportation rentable d’électricité d’Hydro-Québec. Or, nous sommes devant des surplus électriques très importants (au moins jusqu’en 2020 selon H-Q) qui ne tiennent même pas compte des projets La Romaine, Magpie, Petit Mécatina, des petites centrales hydroélectriques privées et du Plan Nord.

Conclusion : La planète fait face à une crise climatique, énergétique et économique sérieuse. S’ajoute au Québec une crise de confiance majeure envers ce gouvernement. Nous sommes d’avis que face aux faits énumérés ici sur le gaz de schiste (arguments que nous pourrions étendre à toute la filière énergétique Québécoise) le gouvernement n’a d’autre choix que d’imposer un moratoire immédiatement, de nous redonner nos droits d’exploration dès maintenant et d’engager un débat national sur notre avenir énergétique afin que nous puissions repartir du bon pied.

L’avenir énergétique, économique et écologique du Québec en dépend.

Daniel Breton / Président / groupe "Maîtres chez nous-21e siècle" (MCN21)
André Bélisle / Président / Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique (AQLPA)

1 Message

  • Gaz de schiste : les faits parlent d’eux-mêmes 27 février 2011 05:55, par Sylvie

    Bonjour Daniel et André, 1. Je suis a priori assez contente qu’on ne reçoive pratiquement rien pour ces ressources,puisque, comme m’a fait remarqué un ami, est-ce que ça signifie que si on était payé assez cher, on accepterait la pollution de nos nappes phréatiques ? À quelle valeur les estime-t-on ? Un milliard, dix milliards, cent milliards ? Ce qui fait que les gens qui branlent dans le manche uniquement à cause des redevances sont encore contre, mais pourraient virer de bord si la redevance était à la hauteur ? Je pense aux Benoît Dutrizac de ce monde, qui fait quand même un travail louable pour aider les écologistes, Isabelle Maréchal (qui n’a pas le même discours selon qu’elle s’adresse à Daniel Breton, à Éric Duhaime et Ghislain Dufour de l’ENAP). La phrase "Est-ce qu’on en a assez pour notre argent ? "revient à dire "À combien estime-t-on la nappe phréatique". Un peu comme les crédits carbone qui font qu’on peut polluer, à condition de payer. Donc, les pays payent et polluent, comme les sables bitumineux. Cette logique n’a aucun sens. J’imagine que la vente des 4X4 est aussi en hausse, on paye l’essence et on pollue ! Certaines choses n’ont pas de prix et il faut avoir le courage de le dire. Je ne crois pas qu’un écologiste comme vous, convaincu du désastre des gas de schistes devrait parler de redevances, ça sous-entend qu’on va se vendre au plus offrant. (il y a un nom pour ça...) 2. Je ne suis pas pour un moratoire, je suis CONTRE l’exploration et l’exploitation pure et simple de ces énergies sales. Pourquoi un moratoire si ce que vous dites dans votre texte est vrai ? La vérité de ces énergies sales changera-t-elle après le moratoire ? J’en doute fort. 3. Lucien Bouchard se présente comme le représentant des Québecois, et non comme le porteux de valise de Talisman. J’avais déjà tout prévu ses arguments, "Le risque zéro n’existe pas", "Il n’y aura pas d’exploitation sans une réforme de l’industrie". etc. etc. bla, bla, bla comme dirait Lady Gaga. Plusieurs sont déjà tombés dans ce panneau du sweet talk, dont Guy Simard, l’animateur de nuit au 98,5. en disant qu’enfin, le débat ne serait plus émotif. Je dirais simplement ceci à MM. Simard et Bouchard, à l’instar de M. Spock lui-même : dans certaines situations, il est logique d’être émotif, et cette situation en est une. Ceci n’exclut pas non plus le discours logique de la majorité contre ce désastre. 4. En entrevue à Dutrizac, François Legault disait qu’on ne pouvait plus reculer parce qu’il faudrait payer une amende : on s’en fout !. D’autant que Legault est lui aussi, en faveur. 5. Dernière question : je vois 80% de la population être contre les gaz de shiste, chacun dans leur coin. C’est ce qui fait que Charest ne bouge pas et ne bougera pas. On a Maître Chez Nous d’un bord l’Institut CD Howe de l’autre, le Réseau des ingénieurs du Québec de l’autre encore, Les Génies du Nouveau-Monde, les artistes comme Roy Dupuis, le metteur en scène qu’on a vu sur toutes les tribunes et dont le nom m’échappe, Luc Villeneuve, Claude Villeneuve, Québec Solidaire, Steven Guilbault (quoique parfois....)etc, Mais on dirait qu’il n’y a aucun Mouvement global qui chapeaute ces efforts. Ne serait-il pas possible de souscrire à un mouvement global qui aurait l’avantage de regrouper les énergies au lieu qu’elles soient dispersées ? (c’est le cas de le dire) Comme par exemple le MONDE (le Mouvement Organsisé pour le Développement des Énergies), un nom positif Dernier point : j’espère que vous ne croyez pas au sweet talk de Pierre Arcand qui ne connaît strictement rien à l’environnement, issu de Corus, ni au discours vide de Nathalie Normandeau qui cherche à gagner du temps en attendat que les compagnies ait fait la job de bras, qui est capable d’affronter n’importe lequel d’entre vous puisqu’elle se défile toujours avec une cassette pré-programmée et politiquement correcte qui ne veut rien dire, mais qu’elle connaît le dossier sur le bout de ses doigts ? Comment se fait-il qu’elle parlait de bloquer Old Harry pour Terre-Neuve à cause des risques immenses encourus en allant au fédéral, et qu’à présent, elle parle elle-même de l’exploiter ? Et Pétrolia ?

    Bon courage, il y a du pain sur la planche. Je vous rappelle qu’il y a toujours, au moment ou l’on se parle des puits d’exploration qui fuient au Québec. Mais, comme dit Lucien Bouchard, il faut savoir prendre des risques si on veut remplir son portefeuille. Merci de me lire, et j’aimerais savoir ce que vous en pensez. Sylvie

    PS Ah oui, n’oubliez pas qu’il faut maintenant appeller les gaz de schistes "gaz de schales d’Attika", comme le prononce si bien Nathalie Normandeau. Ça fait plus chic et moins polluants comme les vaches qu’elle citaient, tous les puits sont moins polluants qu’une seule vache...eh ben !

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