« Ce que j’ai fait, je l’ai fait parce que je croyais que c’était nécessaire de le faire à ce moment là. » – Yvon Deschamps
1962, L’année où naissait un projet de société qui changerait le cours de l’histoire du Québec. Ce projet, imaginé des années auparavant par des visionnaires tels que Adélard Godbout, Jean Lesage et René Lévesque se nommait Maîtres chez nous.
Le qualificatif n’est pas anodin.
Expliqué simplement, le projet Maîtres chez nous était celui de la nationalisation de l’électricité. Voilà, c’est tout.
En fait, c’était bien plus que ça.
Le projet de nationalisation de l’électricité, inspiré d’autres initiatives du même type tentées ailleurs avec succès, avait pour but de donner aux gens du Québec un outil d’émancipation économique et démocratique via la prise de contrôle par l’État québécois du développement énergétique. On créerait des emplois, de la richesse et une base industrielle par et pour les gens du Québec. Fini le temps où nous n’étions que des employés de patrons étrangers. Fini le temps où nous n’étions que des locataires sur notre propre territoire. Nous serions enfin Maîtres chez nous !
Une des phrases les plus importantes que répétera sans cesse René Lévesque lors de la promotion de ce projet était : « On est capable ! »
Cette phrase, répétée comme un mantra, révélait à quel point à cette époque les Québécoises et les Québécois n’avaient qu’une piètre opinion d’eux-mêmes. Peu osaient même croire que nous étions en effet capable. Rappelons-nous qu’à peine sept ans auparavant, en 1955, avait eu lieu la fameuse émeute du forum, où des gens se soulevaient en guise de révolte face à l’injustice que leur héros national vivait.
Nous étions tannés de nous faire écraser, d’être des perdants, de nous faire traiter de haut et Maurice Richard fut un de ceux qui nous montrera la voie. Par ses actions plutôt que ses paroles, il nous aura fait comprendre qu’en effet : « On est capable ! »
Et en effet, nous sommes capables.
Lorsque j’étais jeune, j’avais une admiration sans borne pour Jean Béliveau, puis à sa retraite, pour Yvan Cournoyer. Ces deux hommes représentaient pour moi, comme pour tous les jeunes, deux éloquents exemples d’hommes inspirants. Travailleurs, droits, intègres, talentueux, fidèles, ils étaient faits de ce moule dont tous les jeunes garçons rêvaient de sortir.
Après toutes ces années, j’ai compris ce qui m’a tellement impressionné chez tous ces hommes et femmes du Québec qui ont marqué l’histoire : de Jean Lesage à René Lévesque, d’Yvon Deschamps à Clémence Desrochers, de Maurice Richard à Guy Lafleur, tous ces gens avaient à cœur de faire de leur mieux et de le faire aussi bien pour eux-mêmes que pour les autres.
Et c’est ce qui était derrière le projet Maîtres chez nous. C’était un projet de mieux-être pour tous, pas seulement pour quelques-uns au détriment de la majorité.
C’est aussi ce qui est derrière le projet Maîtres chez nous au 21e siècle.
Que signifie Maîtres chez nous – 21e siècle ?
C’est en quelque sorte la version 21e siècle de ce que Jean Lesage et René Lévesque ont initié en 1962. Version 21e siècle à cause des nouvelles réalités auxquelles nous devons faire face : le réchauffement de la planète, le développement de nouvelles technologies et aussi les leçons que nous tirons du premier projet.
Le but est simple : il s’agit de mener à bout le projet d’indépendance énergétique du Québec de toute forme d’énergie polluante, importée ou non.
Qu’il s’agisse de chauffage de maison, d’industrie, de transport automobile et collectif ou de toute autre forme d’activité requérant de l’énergie, nous pouvons mettre en place les infrastructures pour fournir tout le Québec en énergie propre. Ce projet créera des emplois partout au Québec, fera de nous des leaders dans le domaine des énergies vertes et fera en sorte que des milliards de dollars que sortent de chez nous y resteront.
Beaucoup se plaisent à répéter qu’un projet tel que Maîtres chez nous n’est plus possible aujourd’hui car les gens sont devenus trop individualistes, que personne n’embarquera dans un aussi vaste projet collectif. Permettez-moi d’en douter.
D’autres diront que dans une économie de marché mondialisée, comme celle dans laquelle nous vivons, un tel projet ne pourra voir le jour car la loi du marché aura préséance et empêchera l’expansion du projet dès que la concurrence y sera défavorable.
Cet argument repose sur une prémisse qui ne tient pas. Se fier sur les simples « lois » du marché pour aller dans le sens des énergies vertes s’est révélé un échec lamentable dans la lutte aux changements climatiques, comme l’a illustré Sir Nicholas Stern, l’ancien économiste en chef de la Banque Mondiale.
De plus, au moment où le monde entier fait face à une crise économique majeure et que la plupart des gouvernements du monde occidental prévoient d’investir des sommes colossales dans les infrastructures, il est absolument vital que la majeure partie de ces investissements soient consacrés à un New Deal vert !
Or, ce que nous voyons poindre comme pistes de solution, aussi bien à Ottawa qu’à Québec, ne va pas du tout en ce sens. Aucune vision cohérente n’en ressort. Au contraire, des contradictions évidentes sont inscrites à l’ordre du jour. Au Québec, de nombreux projets sur lesquels le gouvernement, Hydro-Québec et certaines entreprises misent vont exactement dans le sens contraire de l’enrichissement collectif et du développement durable. Si je suis favorable à l’épanouissement des entreprises privées, j’ai un problème lorsque l’enrichissement de ces dernières passe par un appauvrissement collectif. C’est ce qui se passe dans bien des domaines à l’heure actuelle et spécialement dans le domaine de l’énergie. Des projets tels que Rabaska ou Gentilly-2 sont de cet acabit et nous font reculer avant 1962.
C’est pourquoi mes collaborateurs et moi vous offrons ce livre. Pour vous présenter une vision d’avenir, par ce projet concret, porteur d’espoir, qui indiquera la voie à suivre à tous ceux et celles qui le liront.
Bonne lecture et retrouvons-nous ensuite pour agir ensemble sur www.mcn21.org.